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Un hébergeur vous annonce Tier III : combien d'heures de panne cela vous donne-t-il vraiment ?

Cela dépend de ce qui a été essayé, et vous pouvez le vérifier vous-même lors de votre visite. Six questions suffisent.

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Ce qu'on vous annonce, et ce que cela vaut #

Tier est une échelle à quatre niveaux qui classe une installation selon la redondance de ses circuits électriques et de refroidissement. Redondance veut dire concrètement : deux arrivées électriques distinctes jusqu'au bâtiment, deux chaînes d'équipements à l'intérieur, et jusqu'à deux bandeaux de prises dans votre baie, alimentés séparément. Si l'un tombe, l'autre tient.

À chaque niveau correspond une durée de panne attendue sur un an :

NiveauPanne attendue par anCe que cela veut dire pour vous
Tier I28,8 hun seul chemin : toute opération de maintenance arrête vos serveurs
Tier II22,7 hdes équipements doublés, mais toujours un seul chemin
Tier III1,6 hl'exploitant peut entretenir n'importe quel élément sans vous arrêter
Tier IV0,4 hdeux chemins actifs en même temps : une panne ne se voit pas

⚠️ Attention à deux formulations qui se ressemblent. « Conçu selon les critères Tier III » et « certifié Tier III » ne sont pas la même chose. Le premier est une déclaration de l'exploitant sur son propre schéma. Le second suppose qu'un organisme tiers, l'Uptime Institute, qui est à l'origine de cette classification, a examiné le site. Demandez laquelle des deux on vous vend, et sur quoi porte exactement le document : un plan validé sur le papier, ou une installation examinée une fois construite.

Ce que ces durées supposent, et que personne ne dit #

Ces chiffres ne décrivent pas une installation parfaite. Ils décrivent une installation de ce schéma entretenue comme elle a été conçue.

Autrement dit, ils contiennent déjà des pannes : un groupe électrogène qui démarre, un basculement qui se fait, un onduleur qui tient pendant ce basculement. Tout cela est compris dans le chiffre.

Ce qu'ils ne contiennent pas, ce sont les écarts d'entretien : les organes de secours que personne n'a vérifiés, ceux qu'on a laissés vieillir, et le temps que met un technicien à arriver quand personne n'est d'astreinte.

Les trois pratiques qui creusent l'écart #

Avant de les lire, deux mots sur les deux appareils qui reviennent tout le temps, parce qu'ils ne font pas le même travail.

L'onduleur prend le relais instantanément quand le courant tombe, mais il ne tient que quelques minutes sur ses batteries. Le groupe électrogène met quelques dizaines de secondes à démarrer, et peut ensuite alimenter le site pendant des heures. L'onduleur existe pour couvrir exactement ce délai de démarrage. Si l'un des deux manque à l'appel, la chaîne casse.

Chacune des trois pratiques ci-dessous agit par un mécanisme précis, pas par une pénalité de principe.

Ce que cela donne, et ce que cela vous coûte à vous #

Un site qui annonce Tier III, avec un groupe jamais essayé en charge et un onduleur de plus de sept ans.

Panne annoncée par le niveau : 1,6 heure par an. Les deux défauts d'entretien ci-dessus y ajoutent chacun leur part, et le total attendu monte à 3,31 heures. Soit 1,71 heure de plus, un peu plus du double. Ce supplément ne remplace pas les 1,6 heure annoncées, il s'y ajoute.

Ce surplus se traduit en euros chez vous, et le montant dépend entièrement de ce que vous coûte une heure d'arrêt :

Si une heure d'arrêt vous coûteCe que l'écart vous coûte par an
400 €684 €
800 €1 368 €
2 000 €3 420 €
5 000 €8 550 €

Pour estimer votre propre chiffre : divisez votre chiffre d'affaires annuel par les heures ouvrées de l'année, puis retirez la part de l'activité qui continuerait malgré l'arrêt.

Ce montant est modeste comparé à un loyer de baie, mais il s'obtient en posant six questions pendant une visite que vous ferez de toute façon.

Les six questions à poser en visite #

Elles tiennent sur une page. La troisième colonne est la plus utile : elle dit à quoi ressemble une réponse qui vous rassure, par opposition à une réponse qui esquive.

La questionPourquoi elle compteÀ quoi ressemble une bonne réponse
Quand le groupe a-t-il été essayé en charge, et puis-je voir le compte rendu ?un essai à vide ne prouve ni la tenue en puissance, ni le refroidissement, ni le basculement sans coupureun document daté de moins d'un an, qui indique la charge appliquée (en kW ou en pourcentage), la durée de l'essai, et qui l'a signé. « On le fait tourner tous les mois » sans document ne vaut rien
Quel âge ont les onduleurs, et quand les batteries ont-elles été changées ?au-delà de sept ans, les condensateurs et les ventilateurs vieillissent aussi, pas seulement les batteriesun âge précis, une date de remplacement des batteries, et l'existence d'un test de décharge périodique. Une hésitation sur l'âge est déjà une réponse
Le refroidissement est-il doublé, et sous contrat d'entretien ?une salle qui monte en température s'arrête, même parfaitement alimentéele nombre de machines et combien peuvent tomber sans conséquence, plus un contrat nommé. « Il y a de la clim » n'est pas une réponse
Qui intervient à trois heures du matin, et en combien de temps est-il sur place ?la durée d'une panne inclut le temps d'arrivée, qui dépend de l'organisation et pas du matérieldu personnel présent en permanence, ou une astreinte avec un délai écrit. Un numéro de téléphone sans engagement de délai n'en est pas un
Existe-t-il un endroit du circuit électrique qui, à lui seul, arrête tout ?un chemin unique connu plafonne le niveau réel, quoi qu'annonce le schémaun schéma électrique montré, pas seulement affirmé. Cherchez le tableau ou l'organe par lequel tout passe. Un exploitant qui sort son plan sans se faire prier est déjà un bon signe
Ma baie aura-t-elle deux bandeaux de prises sur deux circuits séparés ?toute la redondance du bâtiment ne sert à rien si votre baie, elle, n'est alimentée que d'un côtédeux bandeaux, deux circuits distincts jusqu'à la baie, et la confirmation que vos serveurs à double alimentation doivent être branchés sur les deux

Et pendant qu'on vous fait visiter, regardez. Les documents disent ce qui est écrit, la salle dit ce qui est vécu. Quatre signes qui ne prouvent rien seuls, mais qui indiquent où insister : de la poussière sur un groupe électrogène ou des grilles de ventilation encrassées, un voyant d'alarme orange ou rouge que personne ne commente, un local d'astreinte vide un jour de semaine, et des câbles ajoutés après coup qui pendent hors des chemins prévus. À l'inverse, un site où les plans sont affichés, les dates de dernière intervention notées sur les machines et les allées dégagées a pris des habitudes qui se voient.

Ce que coûte la correction à l'exploitant, et pourquoi cela vous regarde #

Ces dépenses ne sont pas à votre charge : c'est l'exploitant qui les paie. Elles vous intéressent quand même, parce qu'elles disent s'il a une excuse de ne pas les faire.

Nous les ramenons donc à la baie, à l'échelle du site pris en exemple :

Un ordre de grandeur utile pour la discussion : le premier geste coûte moins qu'un repas, par baie et par mois, et c'est celui qui rapporte le plus d'heures. C'est la question à poser en premier, et celle dont la réponse vous apprendra le plus sur la maison.

Ce que le contrat promet n'est pas ce que l'installation tient #

Vous verrez un taux de disponibilité dans la proposition commerciale. Il ne dit pas la même chose que le niveau Tier, et la comparaison surprend :

Ce qui est écritCe que cela autorise réellement par an
99,9 % de disponibilité8 h 46 min de panne, sans qu'aucune clause ne soit violée
99,99 %53 minutes
99,999 %5 minutes
*pour comparaison*, un Tier III de conception*1,6 heure*

Un engagement à 99,9 % est donc plus permissif que la promesse technique du niveau III, alors qu'il paraît impressionnant. Et l'indemnité prévue en cas de dépassement n'a presque jamais de rapport avec ce que la panne vous a coûté : elle se calcule en général sur votre abonnement, pas sur votre perte.

Posez deux questions au commercial : sur quelle période le pourcentage est-il calculé, et l'indemnité est-elle un avoir ou un versement. Le détail est dans ce que vaut vraiment un engagement de service.

Comment nous calculons, pour ceux que la méthode intéresse #

Les heures citées plus haut sortent d'un calcul, et le voici, pour que vous puissiez nous contredire.

Nous ne comptons jamais deux fois. Ajouter des pannes par-dessus la durée annoncée par un niveau reviendrait à compter double, puisque cette durée en contient déjà. De chaque mécanisme, nous ne retenons donc que ce qui dépasse l'entretien que le schéma suppose. La vérification est publique : le même site, avec un groupe essayé en charge, un onduleur récent et une astreinte en place, ressort à 1,6 heure par an, exactement le chiffre de son niveau, et aucune correction n'est proposée.

Un endroit par lequel tout passe ne dégrade pas le niveau, il le plafonne. Un chemin électrique unique et connu ne rend pas un Tier III improbable, il le rend faux, puisque la définition du niveau III est qu'il existe plusieurs chemins. Nous ne calculons alors aucune probabilité : le site ne peut pas être crédité au-delà du niveau II.

Nous ne rétrogradons pas un site d'un niveau. Entre 1,6 heure et 22,7 heures il y a un facteur quatorze : annoncer 22,7 heures à un site qui en attend 3,31 serait une erreur plus grave que celle qu'on prétend corriger. Nous donnons la durée en heures, et nous situons.

Et nous ne reprochons pas à une conception d'être ce qu'elle est. Un Tier I sans groupe électrogène ne subit aucune pénalité pour cette absence : c'est sa définition, et ses 28,8 heures la contiennent déjà.

Ce que ce guide ne couvre pas #

Il ne prédit pas la disponibilité réelle du site que vous visitez. Une durée de panne attendue est un ordre de grandeur calculé sur des mécanismes, pas une mesure. La seule mesure qui vaut est un essai, et c'est précisément la première des six questions.

Il ne traite pas non plus le reste de la visite : la sécurité d'accès, les conditions de travail en salle, la connectivité disponible. Notre guide sur évaluer un datacenter et son exploitant couvre ces points.

Et si vous hésitez encore entre garder vos serveurs chez vous et les confier à un hébergeur, l'arbitrage complet est dans les six oublis qui faussent le calcul.

Questions fréquentes #

Un Tier III garantit-il 1,6 heure de panne par an ?

Non. C'est la durée attendue d'une installation de ce schéma entretenue comme elle a été conçue. Ce n'est ni une garantie contractuelle, ni une mesure : c'est un ordre de grandeur.

Quelle différence entre « conçu selon Tier III » et « certifié Tier III » ?

Le premier est une déclaration de l'exploitant sur son propre schéma. Le second suppose l'examen par un organisme tiers, l'Uptime Institute, à l'origine de cette classification. Demandez laquelle des deux on vous vend, et sur quoi porte le document.

Quelle est la différence entre un onduleur et un groupe électrogène ?

L'onduleur prend le relais instantanément mais ne tient que quelques minutes sur ses batteries. Le groupe met quelques dizaines de secondes à démarrer puis alimente le site pendant des heures. L'onduleur existe pour couvrir ce délai de démarrage.

Pourquoi un essai de groupe à vide ne suffit-il pas ?

Parce qu'il prouve seulement que le moteur démarre. Il ne teste ni la tenue en puissance réelle, ni le refroidissement du groupe, ni le basculement sans coupure. Ce sont pourtant ces trois points qui décident le jour de la coupure.

À quoi ressemble un vrai compte rendu d'essai ?

Un document daté de moins d'un an indiquant la charge appliquée en kilowatts ou en pourcentage, la durée de l'essai, et la signature de qui l'a conduit. Une affirmation orale sans document ne vaut rien.

Pourquoi me parler de deux bandeaux de prises dans ma baie ?

Parce que toute la redondance du bâtiment s'arrête à votre porte si votre baie n'est alimentée que d'un côté. Vos serveurs à double alimentation doivent être branchés sur deux circuits séparés pour que cette redondance vous serve.

Un engagement à 99,9 % est-il rassurant ?

Il autorise 8 h 46 de panne par an sans violation de contrat, soit plus de cinq fois ce que promet un Tier III de conception. Demandez sur quelle période il est calculé, et si l'indemnité est un avoir ou un versement.

Comment savoir ce que vaut le site qu'on me propose ?

Posez les six questions de cette page, puis saisissez les réponses dans notre outil d'évaluation. Il rend l'écart en heures et le chiffre au coût d'arrêt que vous déclarez.

Rédigé le 16 septembre 2026.

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