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Comment évaluer un datacenter et son exploitant

Un datacenter ne se juge pas sur une visite ni sur une plaquette. Le bâtiment, lui, tient presque toujours : ce qui décide de vos nuits, c'est la façon dont il est exploité au quotidien. Voici la méthode en huit axes, les questions exactes à poser par écrit, et la grille pour noter ce qu'on vous répond.

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On n'évalue pas un bâtiment, on évalue une exploitation #

La plupart des grilles d'évaluation s'arrêtent au béton : niveau Tier, redondance, certifications, surface. Ces critères comptent, et ils sont faciles à vérifier une fois pour toutes. Mais ils décrivent une conception, pas une pratique. Deux sites identiques sur le papier ne se comportent pas pareil le jour où un onduleur tombe à 3 heures du matin.

Ce qui vous coûtera cher n'est presque jamais une panne de bâtiment. C'est une maintenance annoncée trois jours à l'avance qui tombe pendant votre clôture comptable, un cross-connect livré en cinq semaines au lieu de cinq jours, un technicien refoulé à l'entrée parce que son badge n'était pas prêt, ou un numéro d'astreinte qui sonne dans le vide. Aucune de ces choses ne figure dans un niveau Tier.

Les huit axes ci-dessous se lisent donc dans cet ordre : d'abord ce qui se passe quand tout va bien et que le site fait sa maintenance, ensuite ce qui se passe quand ça casse, et seulement à la fin ce qui s'achète.

Axe 1. La maintenance planifiée, la ligne qui vide le taux de disponibilité #

C'est le point le plus mal connu du métier, et le plus coûteux. Pratiquement tous les contrats d'hébergement excluent les fenêtres de maintenance planifiée du calcul de la disponibilité. La phrase tient en une ligne au milieu des annexes, et elle change tout.

Faites le calcul. Un site qui vise 99,982 % de disponibilité, le niveau généralement associé au Tier III, s'autorise 96 minutes d'indisponibilité par an. Si son contrat prévoit une fenêtre de maintenance de quatre heures par mois, cela fait quarante-huit heures par an, soit 2 880 minutes : trente fois le budget de panne contractuel, et pas une seule de ces minutes ne compte. Même avec une fenêtre plus modeste de deux heures par trimestre, on atteint huit heures par an, soit cinq fois le budget.

Ce n'est pas une anomalie et ce n'est pas malhonnête : un site qui ne fait jamais de maintenance est un site qui vous lâchera pour de bon. Le point est ailleurs : le pourcentage affiché ne dit rien de la disponibilité que vous vivrez tant que vous ne connaissez pas le volume et le régime des fenêtres planifiées.

Les six questions à poser sur la maintenance #

Posez-les par écrit, avant de signer. Les réponses tiennent en quelques lignes, et leur absence est déjà une réponse.

Axe 2. Les notifications, le test le plus révélateur #

La façon dont un exploitant vous prévient en dit plus long sur lui que n'importe quelle certification. Une notification de maintenance correcte contient six choses : la date et l'heure précises, la durée estimée, l'équipement concerné, l'impact attendu pour vous (aucun, bascule automatique, coupure d'une voie d'alimentation), la procédure de repli si l'intervention se passe mal, et un contact joignable pendant l'opération.

La moitié des notifications du marché s'arrête à la date et à l'équipement. Elles vous informent sans vous permettre de décider quoi que ce soit.

Le test qui tranche, et il ne coûte rien : demandez les trois dernières notifications de maintenance envoyées à leurs clients, anonymisées. Un exploitant qui les fournit sous vingt-quatre heures a un processus, un modèle et un historique. Celui qui promet de vous envoyer un exemple « dès qu'il en aura un sous la main » improvise à chaque fois, et il improvisera aussi le jour de votre incident.

Ce que doit contenir une notification, et le canal #

Axe 3. Les indicateurs à exiger, et sur quelle période #

Un indicateur sans période ni méthode de mesure ne vaut rien. « Nous visons 99,99 % » est une intention ; « 99,97 % mesuré sur les douze derniers mois au niveau de l'onduleur, hors deux fenêtres de maintenance planifiée » est un fait. Exigez la seconde forme, et acceptez qu'elle soit moins flatteuse : un chiffre honnête et moins bon vaut mieux qu'un chiffre rond et invérifiable.

Voici les indicateurs qui décident vraiment, et la forme sous laquelle les demander.

IndicateurSous quelle forme le demanderPourquoi il décide
Disponibilité réellemesurée sur 12 mois glissants, avec le point de mesure et la liste des exclusionsc'est le seul chiffre qui décrit ce qu'un client a vécu
Maintenances planifiéesnombre et durée cumulée sur 12 moisce volume sort du calcul de disponibilité : il en est le complément indispensable
Coupures du réseau publicnombre par an et durée du plus long démarrage de groupedit si les groupes électrogènes sont un filet ou un mode de fonctionnement
Autonomie en carburantheures à pleine charge, et contrat de réapprovisionnement prioritaireune autonomie de 24 h sans contrat de réapprovisionnement n'est une garantie que pour 24 h
Délai de première réponsemédiane et 95ᵉ centile, pas la moyenneune moyenne de 12 minutes peut cacher un cas sur vingt à trois heures
Délai de rétablissementmédiane sur les incidents des 12 derniers moisc'est la GTR vécue, à comparer à la GTR promise
Livraison d'un cross-connectdélai médian constaté, du bon de commande au lien actifles délais constatés vont du jour même à plusieurs semaines, et personne ne les publie
Température en allée froidemin, moyenne et max sur 12 moisun site qui ne mesure que la moyenne ne verra jamais ses points chauds
PUEmesuré sur 12 mois, pas de conception, avec le périmètre de comptageil multiplie votre facture d'énergie quand elle est refacturée au réel
Taux de remplissage du siteen puissance électrique souscrite, pas en surfaceun site plein en électricité ne pourra pas accompagner votre croissance, même s'il reste des baies vides

Axe 4. Le SLA, et la question que personne ne pose #

Un taux de disponibilité est un budget de minutes de panne, pas une promesse d'absence de panne. Cette distinction, et la façon de convertir un incident en montant réclamable, sont traitées en détail dans notre guide dédié : GTR, SLA, MTTR : ce que vaut vraiment un engagement.

Une question mérite pourtant d'être ajoutée ici, parce qu'elle précède toutes les autres : qu'est-ce que le contrat appelle une indisponibilité ? Une fibre coupée par un engin de chantier à deux heures du matin, réparée avant l'aube, pendant que vos serveurs ont continué de tourner sur la seconde voie : y a-t-il eu indisponibilité ? La réponse ne dépend pas des faits, elle dépend de la définition écrite dans l'annexe. Selon le périmètre retenu, le même incident compte pour zéro minute ou pour deux cent quarante.

Demandez donc, dans l'ordre : la définition de l'indisponibilité, le point de mesure, qui la constate, et à partir de quel horodatage elle court.

Axe 5. Le prix, et la seule comparaison qui ait un sens #

Comparer des prix de baie, c'est comparer le seul poste que la concurrence a déjà écrasé. L'écart se fait ailleurs : l'électricité et son mode de facturation, les cross-connects, le port de transit, les adresses IP, les frais de mise en service, et les gestes de proximité facturés à l'heure.

La règle est simple à énoncer et rarement appliquée : demandez à chaque candidat le budget mensuel d'une configuration identique, définie par vous, poste par poste. Une baie, une puissance donnée, un nombre de raccordements, un bloc d'adresses. Tout ce qu'un candidat ne publie pas doit être nommé comme manquant, jamais estimé à sa place : un total incomplet présenté comme complet fausse la décision plus sûrement qu'un prix élevé.

Deux guides détaillent ce calcul : le prix d'une baie et ses coûts cachés et comparer des offres sur une base identique.

Axe 6. La connectivité, en quatre chiffres et une question #

La connectivité d'un site n'est pas un argument marketing, elle se compte. Quatre chiffres suffisent à la qualifier, et ils sont vérifiables dans les registres publics d'interconnexion, indépendamment de ce que l'exploitant en dit.

Axe 7. L'accès physique, ce qui se découvre au premier déplacement #

Ces points ne figurent sur aucun devis et coûtent plus cher qu'une remise sur le loyer. Le délai d'obtention d'un badge, décisif si vous envoyez un technicien en urgence : certains sites imposent quarante-huit heures ouvrées, et un technicien envoyé sans ce délai repart sans être entré. L'accès vingt-quatre heures sur vingt-quatre sans préavis, ou non. L'escorte obligatoire, qui rallonge chaque intervention et la rend souvent impossible la nuit. Le quai de déchargement et le monte-charge, sans lesquels une baie pleine de plusieurs centaines de kilos se livre au cas par cas. La réception des colis et leur durée de stockage. L'outillage disponible sur place.

Demandez aussi la hauteur utile réelle des baies. Une baie de 47 U accueille cinq serveurs de plus qu'une baie de 42 U pour un loyer souvent identique : à budget égal, vous n'hébergez pas la même quantité de matériel.

Axe 8. La solidité de l'exploitant lui-même #

Le dernier axe ne porte plus sur le site mais sur l'entreprise qui le tient. Depuis combien d'années exploite-t-elle ce bâtiment précis, et non « des datacenters » en général ? Combien de personnes sur site, et selon quels horaires ? Y a-t-il une astreinte, et une procédure d'escalade écrite avec des noms et des délais ?

Demandez le taux de renouvellement de leurs clients, ou à défaut trois références que vous pourrez appeler, dans votre secteur et de votre taille. Une référence que l'on vous refuse est une information. Vérifiez enfin la santé financière de l'exploitant : un site racheté ou en difficulté change de politique tarifaire et de qualité de service en quelques mois, et vous ne déménagez pas une infrastructure en quelques mois.

La grille de notation, à remplir pour chaque candidat #

Notez chaque axe de 0 à 3, puis comparez les totaux. La grille n'a pas pour but de désigner un gagnant automatique : elle a pour but de rendre visible ce que vous avez accepté d'ignorer. Un candidat à 18 sur 24 avec un zéro sur la maintenance est plus risqué qu'un candidat à 15 sans aucun zéro.

Axe0 point3 points
Maintenance planifiéevolume annuel inconnu, fenêtre imposéevolume chiffré sur 3 ans, fenêtre négociable, périodes gelées écrites
Notificationscourriel générique, contenu minimalportail archivé, six éléments présents, compte rendu de clôture
Indicateursdes intentions (« nous visons »)des mesures datées sur 12 mois, avec méthode et exclusions
SLAun pourcentage sans définition de l'indisponibilitédéfinition, point de mesure, plafond et délai de réclamation écrits
Prixun tarif de baie seulbudget complet poste par poste, les manques nommés
Connectivité« nous sommes bien connectés »opérateurs présents comptés, prix et délai du cross-connect publiés
Accès physiquedécouvert sur placedélais de badge, quai, stockage des colis et outillage déclarés
Solidité de l'exploitantaucune référence joignableréférences dans votre secteur, astreinte et escalade écrites

Le test en trois questions, si vous n'avez que dix minutes #

Si vous ne deviez poser que trois questions, posez celles-ci. Elles ne portent pas sur des promesses, elles portent sur des traces, et un exploitant ne peut pas y répondre sans avoir réellement le processus correspondant.

Un. « Combien d'heures de maintenance planifiée avez-vous réalisées l'an dernier, et combien d'incidents non planifiés ? » La réponse existe ou elle n'existe pas ; il n'y a pas de milieu.

Deux. « Envoyez-moi vos trois dernières notifications de maintenance, anonymisées. » On juge sur pièce, en vingt-quatre heures.

Trois. « Quel est votre délai médian de livraison d'un cross-connect, constaté sur les douze derniers mois ? » C'est le geste le plus banal de l'exploitation. Un site qui ne sait pas le mesurer ne mesure probablement rien d'autre.

Un exploitant qui répond précisément à ces trois questions vous a déjà dit l'essentiel : il se mesure. Celui qui répond par des qualités générales vous dit autre chose, tout aussi utile à savoir.

Ce que DataColoc calcule, et ce qu'il ne sait pas #

Sur chaque fiche de datacenter, nous publions ce qui se vérifie sans l'exploitant : les opérateurs et les points d'échange présents dans le bâtiment d'après les registres publics d'interconnexion, le budget mensuel d'une configuration de référence à partir des seuls tarifs publiés, la trajectoire du prix du cross-connect quand nous en avons l'historique daté, et le coût de l'énergie selon l'efficacité du site.

Ce que nous ne savons pas, nous le nommons plutôt que de l'estimer. Le volume de maintenance planifiée, le délai de badge, la disponibilité réellement mesurée, le PUE des douze derniers mois : ces informations n'appartiennent qu'à l'exploitant, et seul lui peut les publier. C'est pourquoi chaque fiche porte la liste des questions à poser, et pourquoi un exploitant qui revendique sa fiche et publie ces réponses se distingue immédiatement de ceux qui gardent le silence.

Questions fréquentes #

Un datacenter peut-il refuser de communiquer son volume de maintenance ?

Il le peut, et c'est une réponse en soi. Le volume de maintenance planifiée n'est ni un secret industriel ni une donnée sensible : c'est une information d'exploitation que tout site sérieux suit pour son propre pilotage. Un refus signale soit l'absence de mesure, soit un volume que l'exploitant préfère ne pas montrer.

Quel préavis de maintenance est raisonnable ?

Sept jours ouvrés est un usage courant pour une intervention non urgente, quinze jours pour une opération lourde touchant l'alimentation. En dessous de trois jours, vous ne pouvez plus décaler une clôture comptable ni prévenir vos propres clients. Pour une maintenance d'urgence, le préavis se compte en heures, mais le contrat doit dire qui la qualifie d'urgente.

Le taux de disponibilité annoncé inclut-il les maintenances planifiées ?

Presque jamais. C'est la clause la plus importante et la moins lue du contrat. Demandez explicitement le taux hors exclusions, c'est-à-dire la disponibilité qu'un client a réellement vécue sur douze mois, et comparez-la au pourcentage commercial.

Faut-il préférer un grand exploitant à un petit ?

Ni l'un ni l'autre par principe. Un grand site apporte de la mutualisation, un écosystème réseau riche et des processus écrits ; un petit site apporte souvent un interlocuteur qui connaît votre baie et une réactivité qu'aucun processus ne remplace. La grille ci-dessus ne demande pas la taille : elle demande des traces. Certains petits exploitants répondent mieux aux trois questions que des groupes cotés.

Combien de candidats faut-il comparer ?

Trois suffisent si la configuration demandée est identique pour les trois, et si vous posez à chacun les mêmes questions écrites. Au-delà, le temps passé dépasse le gain, et la comparaison se dégrade parce qu'on finit par accepter des réponses de formats différents.

Comment vérifier ce qu'on me répond sur la connectivité ?

Les opérateurs présents dans un bâtiment sont déclarés dans des registres publics d'interconnexion, consultables indépendamment de l'exploitant. C'est la seule partie de l'évaluation qui ne repose sur aucune déclaration : chaque fiche de notre catalogue publie ce comptage et sa source.

Rédigé le 14 septembre 2026.

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