Une paire de fibres louée entre deux sites paraît étroite : deux brins, un service. Le multiplexage en longueur d'onde y fait passer 8, 18, 40 ou 80 canaux indépendants, chacun avec son propre module optique, sans rien d'actif entre les deux bâtiments. Reste à choisir lequel des deux systèmes convient à votre nombre de services et à leur débit, et quels modules entrent dans ses canaux. Ce guide répond à cette question-là. Celle de la distance, qui se calcule en décibels, a son propre guide.
Estimer mon coût →Plusieurs signaux entrent, chacun sur une couleur différente. Un multiplexeur les combine dans une seule fibre. À l'autre bout, un démultiplexeur les sépare et rend à chacun son port. Les deux boîtiers sont entièrement passifs : ni alimentation, ni configuration, ni panne logicielle. Toute l'intelligence est dans les modules optiques enfichés dans vos équipements, et c'est là que vous dépensez votre argent. Le multiplexage en longueur d'onde n'augmente pas ce qu'une fibre sait porter : il y range plusieurs services au lieu d'un seul. Vous payez déjà le brin, vous en tirez huit, dix-huit ou quarante liens.
Le CWDM suit la grille de la Recommandation UIT-T G.694.2 : 18 longueurs d'onde de 1271 à 1611 nanomètres, espacées de 20 nanomètres. Cet écart généreux existe pour une raison précise : les lasers ne sont pas refroidis, ils dérivent de plusieurs nanomètres avec la température, et il faut de la place autour de chaque canal. Le DWDM suit la Recommandation UIT-T G.694.1, ancrée sur 193,1 térahertz, avec un espacement de 100 gigahertz, soit 0,8 nanomètre, pour 40 canaux, ou de 50 gigahertz pour 80. Serrer les canaux à ce point impose de stabiliser la longueur d'onde, donc de refroidir le laser. Tout l'écart de prix entre les deux familles est là.
Commencez par l'image, elle évite bien des malentendus : un canal est une porte, et un signal est un meuble. La porte a une largeur, écrite sur la fiche du multiplexeur à la ligne « bande passante des canaux », sous la forme plus ou moins 0,11 nanomètre ou plus ou moins 31,5 gigahertz. Le meuble a lui aussi une largeur. Et pousser plus fort ne fait pas passer un meuble trop large : c'est pour cela qu'aucun amplificateur, aucun décibel supplémentaire ne sauve un signal qui déborde de sa fenêtre. Reste à savoir ce qui donne sa largeur au signal, et c'est là que l'intuition trompe. Ce n'est pas le débit binaire, c'est le débit de symboles, exprimé en gigabauds. Un symbole est un état que le laser tient pendant un instant ; selon la modulation, il transporte un nombre de bits différent. En PAM4, un symbole vaut deux bits, donc un 100 gigabits sur une seule longueur d'onde émet à 53,1 gigabauds. En DP-16QAM, un symbole vaut huit bits, donc un 400 gigabits cohérent n'émet qu'à 59,8 gigabauds, pour quatre fois plus de données. Le 400G tient presque la même place que le 100G dans le spectre, et c'est la modulation qui explique ce tour de force. Ce que ça décide pour vous. Avant de commander un multiplexeur, relevez cette ligne et comparez-la au débit de symboles de vos modules. Si le rapport descend sous 1,3 vous êtes à l'étroit, et sous 1 le signal est tronqué quoi que vous fassiez ensuite. C'est une vérification de trente secondes qui évite un boîtier à remplacer.
Trois règles du marché ressemblent à des conventions arbitraires tant qu'on n'a pas mis la fenêtre en face du débit de symboles. Pourquoi le 25 gigabits ne se vend pas en DWDM sur la grille à 100 gigahertz : 25,8 gigabauds dans une fenêtre de 27,5 gigahertz, le signal la remplit entièrement et la moindre dérive en température rogne ses flancs. Pourquoi un 100 gigabits PAM4 sur une seule longueur d'onde ne traverse pas un multiplexeur ordinaire : 53,1 gigabauds dans 27,5 gigahertz, il est physiquement tronqué. Les fabricants ne le cachent pas, ils l'écrivent autrement : leurs fiches annoncent la prise en charge de l'Ethernet 1G, 10G et 25G sur les canaux, et renvoient le 40G, le 100G et le 400G vers le port 1310 nanomètres. Pourquoi l'OIF a défini le 400ZR sur une grille de 75 gigahertz et non de 50 : à 59,8 gigabauds, une fenêtre de 50 gigahertz aurait été trop étroite. La norme ne fait que constater la physique. Attention toutefois : tous les modules 100 gigabits PAM4 n'émettent pas un signal unique de 53,1 gigabauds. Certains transpondeurs DWDM répartissent les 100 gigabits sur deux sous-porteuses d'environ la moitié du débit de symboles, et occupent alors deux canaux voisins au lieu d'un. La règle de la fenêtre reste vraie, mais elle s'applique à chaque sous-porteuse et non au module entier. Ce débit par sous-porteuse n'est publié sur aucune fiche consultable : c'est une question à poser au fournisseur avant de commander.
Il existe, et c'est une question de technologie de filtre. Les multiplexeurs courants utilisent un réseau de guides d'onde dit gaussien : sa fenêtre est étroite et pointue. Les modèles dits flat-top aplatissent le sommet de la courbe et élargissent la fenêtre, au prix d'une perte d'insertion plus élevée. Le représentant le plus accessible de cette famille au catalogue des revendeurs est un 64 canaux en bande C étendue, espacement 75 gigahertz, dont la fiche annonce une bande passante de plus ou moins 31,5 gigahertz, soit 63 gigahertz de fenêtre. C'est assez pour un 100G PAM4 à 53,1 gigabauds, et tout juste assez pour un 400ZR à 59,8. Mais il faut lire la fiche en entier avant de l'acheter, car il se paie trois fois.
| AAWG gaussien, 100 GHz | AAWG flat-top, 75 GHz | |
|---|---|---|
| Canaux | 40 | 64 |
| Fenêtre par canal | 27,5 GHz | 63 GHz |
| Débit max par canal | 25G, et déjà à la limite | 400G, à la limite |
| Perte d'insertion typique | 3,5 dB | 5,8 dB |
| Sur la liaison, deux boîtiers | 7 dB | 11,6 dB, soit 4,6 dB de plus |
| Isolation entre canaux voisins | au moins 25 dB | au moins 8 dB |
| Port 1310 nm | oui | non |
La règle se lit aussi à l'envers, et c'est ainsi qu'on s'en sert devant une fiche fournisseur. Vous relevez la bande passante par canal, vous la convertissez en gigahertz si elle est donnée en nanomètres, et vous savez immédiatement quels modules ont une chance. La conversion tient en une ligne : largeur en gigahertz égale 299 792 fois la largeur en nanomètres, divisé par le carré de la longueur d'onde en nanomètres. À 1550 nanomètres, 0,22 nanomètre valent 27,5 gigahertz. Ensuite, un signal ne doit jamais être plus large que sa fenêtre, et il vaut mieux qu'il en occupe moins des trois quarts.
| Module | Débit de symboles | Fenêtre 27,5 GHz | Fenêtre 63 GHz | Fenêtre CWDM |
|---|---|---|---|---|
| SFP 1G | 1,25 GBd | tient | tient | tient |
| SFP+ 10G | 10,3 GBd | tient | tient | tient |
| SFP28 25G | 25,8 GBd | remplit la fenêtre | tient | tient |
| QSFP28 100G PAM4 | 53,1 GBd | tronqué | passe | aucun module |
| QSFP-DD 400G ZR | 59,8 GBd | tronqué | remplit la fenêtre | aucun module |
| QSFP+ 40G LR4 | 4 voies internes | port 1310 nm | pas de port 1310 | port 1310 nm |
| QSFP28 100G ER4 | 4 voies internes | port 1310 nm | pas de port 1310 | port 1310 nm |
Demande courante, et la bonne réponse n'est presque jamais un module 40 gigabits. Trois voies existent. Quatre liens 10 gigabits agrégés, sur quatre longueurs d'onde : modules les moins chers du marché, budget optique d'un 10G ordinaire, et c'est la réponse dans la grande majorité des cas. Seule réserve, un flux unique ne dépassera jamais 10 gigabits : gênant pour une réplication de baie de stockage, indifférent pour un raccordement de site. Un module 40GBASE-LR4 par le port 1310 nanomètres : il porte quatre voies internes en bande O, donc il ne consomme aucun canal de la bande C, mais il n'y a qu'un seul port 1310 par boîtier, et un seul service peut l'emprunter. Attention à un détail que presque aucune fiche ne publie : ce module répartit ses quatre voies de 1295,56 à 1309,14 nanomètres, et le port doit donc laisser passer toute cette plage. Un port taillé étroitement autour de 1310 nanomètres couperait les voies basses, et la liaison tomberait sans que le budget optique y soit pour rien. Demandez la plage exacte du port avant de commander. Passer directement au 100 gigabits : le 40G est une génération abandonnée, ses modules coûtent souvent plus cher que leurs équivalents 100G, et une longueur d'onde suffit. Le calculateur ci-dessous accepte désormais le 40 gigabits et rend les trois voies, avec le budget optique de celle qu'il recommande.
Vous savez quel système choisir, combien de canaux vous avez et quels modules y entrent. Reste la seconde question, celle qui décide vraiment : est-ce que la lumière arrive de l'autre côté ? Elle dépend de la distance, de l'âge de la fibre et du nombre de raccords, et elle se calcule. Elle a son propre guide, avec le calculateur : Est-ce que ma liaison passe ? Le budget optique, pas à pas. Vous y trouverez le calcul détaillé sur deux cas réels, à 30 et à 60 kilomètres, les remèdes chiffrés quand il manque des décibels, et les deux défauts d'une vieille fibre que presque personne ne vérifie avant de signer.
C'est le chemin d'évolution le plus économique, et il est prévu par la construction même des équipements. Certains multiplexeurs CWDM offrent un port 1550 nanomètres qui correspond à l'un des canaux de la grille. On y branche un système DWDM complet, qui vient occuper ce seul canal CWDM du point de vue du premier système. Vous gardez vos services CWDM existants, vous ajoutez 40 canaux, et vous basculez progressivement. Aucune intervention sur la fibre elle-même, ce qui compte quand elle est louée et que chaque intervention se négocie.
Les systèmes actifs à transpondeurs et les multiplexeurs reconfigurables à distance, qui relèvent d'un autre métier et d'un autre budget. La bande L, employée quand la bande C est pleine. Les liaisons sous-marines. Et l'achat d'une longueur d'onde à un opérateur plutôt que la construction de son propre système, qui est souvent la bonne réponse quand on n'a qu'un ou deux services et pas d'équipe optique. Ce guide traite du cas le plus courant : une paire de fibres louée entre deux sites, à éclairer soi-même.
Les grilles citées ici sont celles des Recommandations UIT-T, les caractéristiques de matériel viennent de fiches techniques publiques dont la date de lecture est indiquée, et les débits de symboles des normes IEEE 802.3 et OIF. Une valeur non publiée reste vide et se dit vide : elle ne se comble jamais par une estimation plausible. Rédigé le 13 septembre 2026. Si vous mesurez autre chose que ce que nous publions, écrivez-nous.
Jusqu'à huit services en 10 gigabits maximum et 80 kilomètres, le CWDM suffit et coûte nettement moins cher. Au-delà en nombre de canaux, ou dès qu'un seul service est en 100 gigabits, c'est le DWDM.
Pas sur une longueur d'onde CWDM. Les modules dits CWDM4 portent quatre longueurs d'onde à l'intérieur du module, et un multiplexeur passif ne sait ni les prendre sur un port ni les séparer. La voie simple à courte distance est le port 1310 nanomètres du multiplexeur DWDM avec un module natif.
La moitié, car chaque service consomme une longueur d'onde par sens. Un système CWDM de 18 canaux ne porte plus que 9 services, et les boîtiers s'achètent par paire avec des affectations inversées.
À desservir un site intermédiaire sans casser la liaison principale. Seuls les canaux de ce site sont extraits et réinsérés, les autres traversent avec une perte faible. C'est ce qui permet de câbler trois datacenters en anneau avec un seul système.
Rédigé le 1er septembre 2026.
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