Un module optique ne porte pas des kilomètres, il porte des décibels. Toute la question d'une liaison entre deux sites tient dans une soustraction : ce que le module émet, moins ce que la fibre, les multiplexeurs et les raccords lui prennent. Ce guide fait ce calcul sur deux cas réels, montre comment récupérer les décibels qui manquent, et nomme les deux défauts d'une vieille fibre que presque personne ne vérifie avant de signer.
Estimer mon coût →Deux canaux CWDM, 1371 et 1391 nanomètres, tombent sur une zone où une fibre ancienne absorbe fortement, à cause d'ions hydroxyle piégés dans le verre autour de 1383 nanomètres. Sur une fibre récente dite à faible pic d'eau, le problème disparaît. Vous n'avez donc pas 18 canaux mais 16, sauf si votre bailleur déclare une fibre G.652.C ou D. Aucune valeur normalisée n'existe pour chiffrer cette pénalité sur une fibre ancienne : seule une mesure du tracé la donne. Demandez la référence de la fibre à votre bailleur avant de dimensionner : la réponse tient en une ligne et change le nombre de canaux dont vous disposez.
Un module ne porte pas des kilomètres, il porte des décibels. Le calcul tient en une ligne : le budget du module, moins l'atténuation de la fibre multipliée par la distance, moins la traversée des deux multiplexeurs, moins les connecteurs et les épissures. Ce qui reste est votre marge, et il faut en garder trois décibels pour le vieillissement et les réparations futures. Sous ce seuil, la liaison fonctionne le jour de la recette et vous rappelle deux hivers plus tard. Les valeurs employées ici sont des valeurs de planification, plus prudentes que les fiches, et elles sont affichées avec leur origine.
Huit liens 10 gigabits et un lien 100 gigabits, une paire de fibres G.652.D déclarée, deux canaux gardés en réserve. Le 100 gigabits interdit le CWDM, donc DWDM 40 canaux. Pour les 10 gigabits, l'addition donne 19,3 décibels de pertes : 7,5 pour la fibre, 9 pour les deux multiplexeurs, 2 pour quatre connecteurs et 0,8 pour huit épissures estimées. Un module de classe 40 kilomètres ne suffirait pas. Un module de classe 80 kilomètres porte 23 décibels, il reste donc 3,7 décibels de marge : la liaison passe.
Trois options se présentent, et la troisième est presque toujours la bonne à cette distance. Un module DWDM à modulation PAM4 exige un amplificateur et une compensation de dispersion, ce qui est disproportionné pour un seul service sur 30 kilomètres. Un module cohérent n'a qu'une dizaine de décibels de budget et ne passe pas sans amplification. En revanche, un module natif de type ER4 emprunte le port 1310 nanomètres du multiplexeur, à côté des canaux de la bande C sans les gêner : 15,3 décibels de pertes, un budget de 18 décibels avec le code correcteur activé, et 2,7 décibels de marge. C'est sous le seuil de trois décibels, donc la liaison passe avec une marge faible, et le guide le dit plutôt que d'arrondir vers le haut.
Le calcul ci-dessus est celui d'un cas précis. Voici le même moteur, avec vos chiffres. Il donne le verdict, la nomenclature à acheter, et surtout la liste de ce qu'il a supposé faute de mesure. Le résultat tient dans l'adresse de la page : vous pouvez la coller dans un ticket ou l'envoyer à votre fournisseur.
Le défaut symétrique existe et il est moins connu : au-dessus d'un certain niveau, le récepteur sature et le lien devient erratique alors que tout semble surdimensionné. Une bonne nouvelle toutefois, contre-intuitive : avec un multiplexeur à chaque extrémité, la perte d'insertion joue déjà le rôle d'atténuateur, et la saturation ne se produit presque jamais. Elle apparaît quand le tracé est à la fois court et mesuré à faible perte, c'est-à-dire au moment précis où l'on se croit tranquille. Le remède est un atténuateur fixe calibré, jamais un autre module.
Le pic d'eau vous coûte deux canaux. Le second défaut peut vous coûter la liaison entière : la dispersion de mode de polarisation. Un cœur de fibre n'est jamais parfaitement rond, et il l'est d'autant moins qu'il est ancien. La lumière y voyage sur deux polarisations perpendiculaires qui, dans un cœur ovale, ne vont pas à la même vitesse : l'impulsion s'étale et finit par déborder sur la suivante.
L'étalement croît comme la racine de la distance : doubler la longueur ne double pas le problème, elle le multiplie par 1,4. En face, le budget vaut environ un dixième de la durée d'un symbole, soit 10 picosecondes pour un 10 gigabits.
Voici ce que ça donne à 40 kilomètres, selon l'âge de la fibre. Sur une fibre câblée récente, 0,32 picoseconde : aucun problème. Au plafond que fixe la Recommandation, 3,2 picosecondes : aucun problème non plus. Sur une fibre des années 1990, 12,6 picosecondes : la liaison ne passe pas, et l'atténuation n'y est pour rien. Entre le meilleur et le pire cas, le rapport est de quarante. Et le coefficient de la fibre que vous louez n'est publié nulle part. Il se mesure, avec un appareil différent du réflectomètre habituel.
Ce que ça décide pour vous. Si votre bailleur déclare une fibre G.652.D, la Recommandation borne déjà ce coefficient et le sujet est clos jusqu'à 200 kilomètres en 10 gigabits. S'il ne déclare rien et que la fibre a l'âge du réseau qui la porte, alors au-delà d'une trentaine de kilomètres vous pariez. Demandez la mesure, ou prévoyez un essai en charge avant de vous engager. Le calculateur affiche les trois hypothèses côte à côte plutôt que d'en choisir une à votre place.
La fibre que presque tout le monde pose est la G.652, dont la dispersion chromatique vaut environ 18 picosecondes par nanomètre et par kilomètre à 1550 nanomètres. Mais il existe une seconde famille normalisée, la G.655, dite à dispersion décalée non nulle, conçue pour les longues distances : sa dispersion vaut de 4 à 8 selon le fabricant, soit le quart à la moitié. Dimensionner une artère régionale posée en G.655 avec les chiffres d'une G.652 surestime donc la dispersion d'un facteur deux à quatre.
Ce que ça change concrètement : un lien 10 gigabits de classe 80 kilomètres tolère 1600 picosecondes par nanomètre. Sur une G.652, cette limite est atteinte vers 89 kilomètres. Sur une G.655 à 8, elle recule au-delà de 200. Le formulaire ci-dessous accepte les deux familles, et retient pour la G.655 la valeur la plus élevée de sa fourchette : un avertissement absent coûte plus cher qu'un avertissement de trop.
Une contrepartie à connaître. Cette faible dispersion, qui aide le signal à rester net, favorise en revanche le mélange à quatre ondes entre canaux DWDM serrés et à forte puissance. Si vous prévoyez quarante canaux à pleine puissance sur une G.655, posez la question à votre intégrateur.
La latence est souvent la vraie raison pour laquelle on construit une liaison directe, et elle se calcule sans difficulté. Dans une fibre, la lumière ne va pas à 300 000 kilomètres par seconde mais à environ 204 000, parce que le verre a un indice de groupe voisin de 1,47. Cela donne 4,9 microsecondes par kilomètre à l'aller, donc un peu moins de 10 microsecondes par kilomètre en aller-retour.
Attention à ce que vous multipliez. Ici, la distance à prendre est celle du tracé réel de la fibre, pas celle à vol d'oiseau : un câble longe des routes et des voies ferrées, et il fait couramment 1,3 à 1,5 fois la distance directe. Sur 40 kilomètres de fibre, le plancher physique est donc de 0,4 milliseconde en aller-retour, et aucun équipement ne descendra en dessous. Le multiplexage, lui, n'ajoute presque rien : un multiplexeur passif est un bout de verre, il coûte quelques nanosecondes. C'est d'ailleurs l'argument décisif face à un lien opéré, qui traverse des équipements actifs dont le temps de traversée varie d'un instant à l'autre.
Ce que ça décide pour vous. Si votre besoin est une réplication synchrone entre deux baies de stockage, le budget de latence se compte en fractions de milliseconde, et il fixe une distance maximale bien avant que le budget optique ne pose problème. Vérifiez cette contrainte-là en premier : elle élimine des sites que le calcul optique aurait acceptés.
Le loyer de la fibre est souvent la partie la moins chère du dossier. Ce qui coûte, ce sont ses extrémités : les modules optiques, les multiplexeurs, et l'amplification si la distance l'impose. Avant de signer une location, demandez trois choses par écrit, parce qu'elles décident de votre budget optique : la référence de la fibre, l'atténuation mesurée par kilomètre sur le tracé réel, et le nombre de tiroirs et d'épissures traversés. Un bailleur sérieux répond aux trois, et la différence entre une réponse et un silence peut représenter plusieurs décibels, donc une classe de module.
Le choix entre CWDM et DWDM, le nombre de canaux disponibles et les modules qui entrent dans chacun : c'est le sujet du guide CWDM ou DWDM : quel système, combien de canaux, quels modules, à lire avant celui-ci si la question se pose encore. Ne sont pas couverts non plus les systèmes actifs à transpondeurs, les multiplexeurs reconfigurables à distance, la bande L et les liaisons sous-marines.
Le calcul présenté ici est produit par le moteur du site, version 2026.09-v2, à partir d'un référentiel où chaque valeur porte sa source, sa date et son statut. Trois statuts : le texte d'une Recommandation, la fiche technique d'un fabricant à une date donnée, ou une valeur de planification plus prudente que la fiche. Une valeur non publiée reste vide et se dit vide, elle ne se comble jamais par une estimation plausible. C'est un calcul, pas une garantie de liaison : une mesure du tracé et un essai en charge font foi. Si vous mesurez autre chose que ce que nous calculons, écrivez-nous, la méthode est publiée précisément pour ça. Rédigé le 13 septembre 2026. Soumis le jour même à une relecture technique externe, dont trois corrections sont issues : la distinction entre un 100 gigabits sur une seule longueur d'onde et un module à deux sous-porteuses, la largeur exigée du port 1310 nanomètres, et la portée réelle du 400ZR sur une ligne amplifiée. Elles sont signalées dans le texte à l'endroit où elles s'appliquent.
Non. L'amplificateur courant ne couvre que la bande C, et les canaux CWDM sont trop dispersés dans le spectre pour y entrer. La portée d'un lien CWDM est celle de ses modules, un point c'est tout. S'il faut amplifier, il faut passer en DWDM.
Deux canaux tombent sur une zone où une fibre ancienne absorbe fortement, à cause d'impuretés autour de 1383 nanomètres. Sur une fibre récente à faible pic d'eau, ils sont utilisables. Demandez la référence de la fibre à votre bailleur.
Il porte un budget en décibels, pas une distance. Comptez la fibre, les deux multiplexeurs, les connecteurs, les épissures et la marge de vieillissement. À 60 kilomètres avec deux multiplexeurs, un module de classe 80 kilomètres ne passe déjà plus.
Rarement quand il y a un multiplexeur à chaque bout, car leur perte d'insertion suffit. Le risque apparaît sur un tracé court et mesuré à faible perte. Comparez la puissance reçue affichée par le module au seuil de saturation de sa fiche.
Non, et c'est important. Il repose sur des hypothèses de tracé que personne n'a mesurées et qui sont affichées avec leur origine. Une mesure au réflectomètre et un essai en charge font foi. Le calcul sert à choisir le bon matériel et à éviter la mauvaise surprise, pas à remplacer la recette.
Rédigé le 13 septembre 2026.
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